Blog

Pour Chantal Thomass, la matière est une source intarissable d’inspiration

12 janv., 2018

Figure emblématique de la lingerie, c’est à Chantal Thomass que l’on doit le retour des dessous chics dans les années 70. Cette pionnière fit également partie des premières à comprendre tout le potentiel de la fibre LYCRA® en lingerie, et à l’inclure dans ses collections. Car depuis toujours, au-delà de la séduction, la créatrice prône le confort comme une condition sine qua non de bien-être, pour aider les femmes à se sentir belles.

Chantal Thomass @Chantal Thomass

1975. En pleine révolution “Peace and Love”, alors que les soutiens-gorge sont considérés comme une entrave à la liberté des femmes et bannis des garde-robes, Chantal Thomass s’inscrit en faux en proposant une gamme de lingerie dans la pure tradition corsetière. Ses guêpières, porte-jarretelles et corsets sont réalisés en dentelles, tulle et résille. Elle bouleverse ainsi les codes de la mode, et remet au goût du jour une lingerie séduction. Désormais iconique, le style Chantal Thomass est reconnaissable entre tous à sa sensualité empreinte d’une dose d’impertinence. La créatrice nous livre quelques uns de ses secrets de création, basés notamment sur un travail autour de la matière.

Quelles sont vos premières sources d’inspiration quand vous commencez une collection ?
Je pars toujours de la matière. J’aime les dentelles fines, et me rend régulièrement à Calais (France), berceau de la dentelle Leavers pour consulter les archives. J’y pioche des éléments qui vont ensuite être réinterprétés pour recréer une dentelle qui, grâce aux fils désormais guipés, saura être tout aussi belle que douce et confortable. On sait ainsi reproduire même les plus fines Chantilly d’époque. Je travaille également beaucoup le tulle, la résille, ou le satin en mélange avec la fibre LYCRA®… J’assemble ensuite ses matières en fonction d’un thème qui correspond à la fois aux tendances et aux attentes des clientes, telles que nous les décrivent nos équipes sur le terrain.

Modèles de la Collection Farandole, Ivoire rayé gris, Chantal Thomass

Vous avez vécu de grandes innovations matières, en quoi cela a t-il influencé votre travail de créatrice ?
Ça a tout changé ! Pour mes toutes premières collections lingerie, j’utilisais des tissus issus du monde du prêt-à-porter. Je ne trouvais pas mon bonheur dans les tissus lingerie. Quand j’y repense, en termes de confort ça n’était pas parfait ! La fibre LYCRA® a vraiment modifié la donne, et encore plus en lingerie qu’en mode. Car en lingerie, les contraintes sont bien plus fortes : on porte ses dessous à même la peau, et ils doivent procurer maintien et confort. Il est plus difficile d’apporter de la fantaisie aux collections qu’en prêt-à-porter, à cause de ces contraintes mais aussi parce que la surface de tissu pour s’exprimer est très restreinte. Aujourd’hui, on sait travailler des matières d’une extrême finesse, pour des dessous à la fois délicats dans leur style et résistants au quotidien. On a su créer des élastiques qui se posent sur la peau sans marquer, pour plus de confort mais aussi plus d’esthétisme. On a développé des tissus légers et souples qui sont comme une seconde peau, ce dont je rêvais à mes débuts pour travailler des bodies qui épousent le corps…

Quid des répercussions de ces nouvelles matières sur le collant ?
C’est encore plus vrai ! Mes premiers collants étaient réalisés en coupé/cousu, là non plus ce n’était pas idéal quant au confort. Désormais, on sait travailler des jeux d’opacité, pour créer des effets trompe-l’œil. J’ai ainsi des collants à effet cuissarde qui plaisent beaucoup. Avec les nouveaux fils et les nouveaux métiers, les collants sont de plus en plus fins et pourtant de plus en plus solides. Grâce aux nouvelles technologies de fils LYCRA® (la technologie LYCRA® FUSION, ndlr), ils ne se filent plus et permettent une grande créativité !

Pour Chantal Thomass, la matière est une source intarissable d’inspiration

Y a-t-il encore des matières dont vous rêvez mais que l’on ne sait pas créer ?
Je trouve qu’en matière de transparence, l’offre est encore restreinte. Les mousselines par exemple ne sont pas encore assez fines à mon goût, et surtout elles sont mono-élastiques, ce qui n’est pas suffisant en termes de confort.

Quels ont été vos récents coups de cœur matières ?
Je craque pour les tissus chaine et trame contenant du LYCRA®, qui offrent un rendu que je trouve plus sophistiqué que la maille. J’en mets assez souvent dans mes collections : il m’a permis de créer la ligne “Murmure” par exemple, ou encore “Farandole”, “Volage”, “Ballerine”… J’ai beaucoup aimé l’an dernier un imprimé avec des faux cils qui m’a inspiré le modèle “Audacieuse”.

Modèles de la Collection Murmure, Chantal Thomass

Quelles sont les qualités essentielles que vous recherchez au travers des matières ?
En premier lieu, la nervosité, qui apporte à la fois de la souplesse et du maintien au tissu, indispensable quand on monte jusqu’en bonnet F ! Le confort est tout aussi primordial, et d’ailleurs découle en partie de la souplesse. Enfin le toucher, qui apporte de la douceur et une certaine sensualité.

Y a-t-il des matières que vous aimez travailler mais qui n’ont pas fonctionné ?
Oui ! J’adore la soie associée à la fibre LYCRA®, que je trouve particulièrement chic, mais je n’en fais plus parce que cela suppose de repasser ses dessous après lavage, et les femmes ne sont plus prêtes à le faire. J’avais jadis lancé un collant d’été en lin-LYCRA®, qui était extra fin, léger et résistant, mais n’a pas fonctionné parce que les consommatrices n’ont pas compris l’intérêt du lin pour des collants. D’une manière générale, les femmes ne cousent plus et connaissent moins bien les matières : elles recherchent du confort, du bien-être et savent parfaitement identifier les modèles qui leur en apportent mais sans savoir vraiment à quoi elles le doivent…

Comment décririez-vous la “patte” Chantal Thomass ?
Je travaille des modèles séduction éminemment féminins, car pour moi une femme doit se plaire à elle même avant tout. J’aime apporter une touche d’impertinence à mes créations. Je travaille souvent les jeux de transparence, mais aussi un style masculin/féminin pour une séduction un peu décalée. Je vais ainsi mélanger une rayure tennis, assez masculine, à un satin avec du LYCRA®. Ou ajouter un col au bord d’un soutien-gorge assez simple. Ou encore réinterpréter la crinoline typique du XVIIIe pour apporter du volume.

Modèles de la Collection Audacieuse, Chantal Thomass

Quelle est la cliente Chantal Thomass ?
Il n’y a pas d’âge type : cela peut être une toute jeune fille ou une femme mûre, en fonction de son rapport à la lingerie. On a également dépassé les clivages socio-professionnels : une femme aux revenus modestes peut économiser pour s’acheter sa parure Chantal Thomass. Les consommatrices achètent pour elles, et non forcément pour séduire. C’est un achat plaisir. Or quand on aime un style, il sera toujours possible, quelque soit son budget, d’accéder au luxe en lingerie alors qu’en prêt-à-porter, les pièces sont tout de suite plus chères…

Pouvez-vous nous dévoiler en avant-première quelques pistes sur la collection été 2019 ?
J’ai travaillé un body zippé en dentelles LYCRA® à l’esprit à la fois sport et séduction, des articles en chaîne et trame très fins à plumetis qui évoquent une percale toute douce, une ligne pour le soir ornée de cristaux Swarovski, et des mélanges de tulle et résille pour une grande féminité…